« Psst Mademoiselle ! Ho réponds salope ! » Vous avez déjà entendu ça, n’est-ce pas ?
Remarques gênantes, sifflements, insultes, voire violences physiques…
Tous les jours, les femmes, quel que  soit leur âge ou leur physique, sont confrontées au harcèlement dans la rue.
Le projet de loi sur les violences sexuelles et sexistes, adopté à l’Assemblée nationale, installe une contravention d’« outrage sexiste » pour les faits de harcèlement dans l’espace public. Donner un cadre légal au harcèlement de rue est essentiel, mais l’éducation à l’égalité homme-femme reste une priorité.

À la suite de l’affaire Weinstein, de nombreuses célébrités ont dénoncé le harcèlement sexuel dans le milieu du show-business. Mais ce ne sont pas que les actrices, journalistes, chanteuses… qui sont visées. Il s’agit bien d’un problème qui concerne toutes les femmes !

« Pour les femmes en général cela se manifeste entre autres dans les rues, on parle de harcèlement de rue (HDR). L’expression est utilisée pour englober tous types d’actes d’objectification sexuelle, sifflement, tentative de séduction, remarque déplacée… ayant lieu dans l’espace public », explique Fany, militante de « Stop harcèlement de rue ». Cette association lutte contre le HDR et sensibilise l’opinion publique sur ce phénomène à travers des interventions scolaires, des animations dans les transports publics, les rues ou encore les bars.

Nombre de femmes apprennent à baisser la tête, ne pas répondre, changer de trottoir ou s’habiller différemment…

Sifflements, commentaires sexistes, irrespectueux, humiliants, menaçants, interpellations ou insultes, attouchements… Ces comportements touchent les femmes et les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT) dans la rue, les bars, les transports et les espaces publics. Leurs répétitions ou leur violence génèrent un environnement hostile et portent atteinte à leur dignité et à leur liberté. « Ce n’est pas de l’humour, ce ne sont pas des compliments, et ce n’est certainement pas de ladrague ! Nombre de femmes apprennent à baisser la tête, ne pas répondre, changer de trottoir ou s’habiller différemment.
Bref, elles se sentent moins en sécurité moins autonomes », détaille Fany.

Ainsi, chaque année en France, trois millions de femmes de 20 à 69 ans se font siffler, insulter, interpeller, ou suivre dans un espace public (données INED 2017). Le phénomène est massif, et échappe en grande partie à la loi, qui punit seulement l’injure publique, l’exhibition, ou l’agression sexuelle. La prise de conscience de l’ampleur du « harcèlement de rue » s’est accrue favorisée par sa plus grande médiatisation à la suite de documentaires tels celui de l’étudiante belge Sofie Peteers baptisé « Femmes de la rue », la création d’associations et de collectifs sensibilisant sur ce sujet, le lancement de plateformes de témoignages, les pétitions et les débats publics. Dans ce contexte, Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes avait annoncé, en septembre 2017, la constitution d’un groupe de travail sur la « verbalisation du harcèlement de rue ».

Six mois plus tard, le projet de loi sur les violences sexuelles et sexistes a été adopté à l’Assemblée nationale. Les députés ont achevé l’examen du texte en approuvant la création d’une contravention d’« outrage sexiste » pour les faits de harcèlement dans l’espace public, passibles d’une amende immédiate de 90 euros minimum et éventuellement d’un stage de civisme. Cette nouvelle infraction vise à sanctionner en flagrant délit des comportements et des propos sexistes comme des gestes déplacés, des commentaires sur le physique, des sifflements, des regards insistants ou obscènes, le fait de suivre volontairement à distance une personne.

Il est nécessaire d’éduquer les gens à l’égalité homme femme notamment dans l’espace public.

« C’est une nouveauté mondiale, qui fera partie des tâches des policiers du quotidien. En Belgique, pays dont une loi similaire existe déjà, cela ne marche pas parce qu’il faudra aller déposer plainte », a plaidé Mme Schiappa. « Enfin, il ne sera plus permis d’intimider, de suivre, d’invectiver les femmes dans l’espace public ! », s’est-elle réjoui sur Twitter. Pour la secrétaire d’État, l’adoption de ce texte est une première victoire, après des débats animés dans l’hémicycle. Le projet de loi doit maintenant être débattu au Sénat.

Mais les critiques continuent de s’élever contre cet article. Pour « Stop harcèlement de rue », « donner un cadre légal au harcèlement de rue est aujourd’hui essentiel. Il permet aux victimes de faciliter leurs plaintes et de le reconnaître comme pénalement punissable. Cependant, nous estimons que la verbalisation est une fausse bonne idée. Il est aujourd’hui irréalisable pour un harceleur d’être pris en flagrant délit et pour la victime de prouver qu’elle a été harcelée à moins d’avoir un agent de police à ses côtés. De plus, le harcèlement de rue est partout, où déployer les agents de police pour qu’ils-elles soient au bon endroit au bon moment ? Dès lors, quelles pourraient être les solutions pour lutter contre le harcèlement de rue ? L’éducation populaire est notre propriété. Il est nécessaire d’éduquer les gens à l’égalité homme femme notamment dans l’espace public. »

À en croire Marlène Schiappa, il y a bien deux aspects dans cette loi. « D’abord, il y a un caractère réel et ce sont 10 000 policiers qui vont être recrutés comme l’a annoncé le ministre de l’intérieur Gérard Collomb et qui vont être équipés pour verbaliser. Et ce sera efficace. Ensuite, il y a un volet pédagogique. On n’a jamais autant parlé du harcèlement de rue que depuis que le gouvernement a dit qu’il voulait l’interdire et c’est important aussi en termes éducatifs », a-t-elle indiqué. « C’est important de s’interroger sur le seuil de tolérance de la société à cette forme de violence sexuelle », a-t-elle ensuite ajouté.

Une question demeure. À quel moment peut-on parler de harcèlement ? Il n’y a pas de définition précise, c’est là toute la difficulté. « La frontière entre la séduction et le harcèlement de rue, c’est le consentement ! Suivre une femme pendant 10, 12, 15 rues, lui demander son numéro de téléphone à de nombreuses reprises alors qu’elle a dit non, l’intimider et la menacer, c’est du harcèlement de rue ! », affirme Fany. « Je pense qu’il faut sortir de la représentation romanesque, romantique du harcèlement de rue. On nous dit souvent que l’on a cette culture de la séduction en France et vive la séduction ! Mais le sujet n’est pas d’empêcher les femmes et les hommes de se séduire et de discuter dans la rue. Le sujet, c’est de protéger les femmes. » Selon un sondage IFOP, huit femmes sur dix ont peur quand elles sont toutes seules dans la rue le soir.